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Roland Roland se trompe de trou



RolandRoland se trompe de trou

La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe. En un rien de temps, elle avait fait le tour du commissariat et choqué tout ce que notre vieil hôtel de police comptait de probe et d’honnête. Cela avait assez duré, il était temps d’agir, il fallait que cela cesse. La rumeur courait que le Macumba, le bar à putes le plus fréquenté par les forces de police, vendait de la limonade éventée. C’était intolérable ! Mais que fait la police, me demanderez-vous ? Eh bien pour une fois, elle s’en allait agir et l’impensable allait cesser !

C’est pourquoi je me retrouvais devant le Macumba à attendre mes potes du poste, Gérard, René et Didier, afin de régler cette histoire plus que louche une bonne fois pour toutes. René était inspecteur de police, comme moi. Gérard et Didier étaient gardiens de la paix. Tous trois avaient un net penchant pour la bouteille et étaient la preuve vivante que « flic alcoolique » est bel et bien un pléonasme. Comme de coutume , ils étaient en retard et je me les gelais sévère en les attendant sur le perron du bar.

Vingt minutes plus tard, ils se décidèrent enfin à arriver et vu leur démarche, j’en déduisis qu’ils étaient déjà rond comme des queues de pelle. Enfin, c’étaient de bons bougres quand même et surtout les seuls gars que je connaissais qui acceptaient encore de sortir avec moi. Alors, j’allais pas faire le difficile. C’est juste à ce moment qu’une grosse B.M.W. décapotable passa devant nous en faisant un vacarme du tonnerre. Elle était immatriculée à l’étranger (en Belgique), avait une vitre cassée et transportait toute une bande de joyeux bronzés, tout contents de leur récente « acquisition ». C’était clair, cette caisse, ils l’avaient pas payé. Avec les potes, on se regarda, se demandant si on devait intervenir.

 - Tu penses qu’on devrait leur courir après ? demandai-je à René sans conviction.

- Bof, j’sais pas, me répondit-il. J’en ai pas bien envie. Et vous les gars, ça vous dit ?

- Ben, pas vraiment non plus, firent Gérard et Didier en cœur.

C’étaient de bons bougres mais pas des foudres de guerre. Gérard reprit :

- Surtout que je vois pas bien à quoi ça servirait. Pour sûr, on pourrait leur courir après, essayer de les arrêter, risquer notre vie pour faire notre boulot, ... mais à quoi ça servirait ?

- Ouais, renchérit Didier, ça servirait à rien. Ils seraient certains d’être relâchés dès demain matin parce que les prisons sont trop pleines. Et ils reprendraient de plus belle en se foutant de notre gueule. Non, vraiment, ça servirait à rien. Au mieux, on risque de se prendre une balle et de rester sur le carreau. Ça vous dit, vous, de mourir pour votre boulot ?

- Ah, ça non ! Jamais de la vie.

La réponse était unanime. Pas question de jouer les héros, surtout le soir où on avait une affaire aussi urgente à résoudre que celle de la limonade éventée. De toute façon, y’avait plus rien à faire. Le temps qu’on se décide à ne pas intervenir, ils étaient déjà loin. Il ne nous restait plus qu’à nous convaincre que notre affaire de limonade était bien plus importante.

On entra dans le bar et on s’accouda au zinc où on commanda une tournée de bière. Fallait croire qu’on allait attendre un peu avant de goutter à la limonade. J’avais beau chercher partout, je trouvais nulle part les petites cacahuètes qui rendent le houblon moins amer. J’en avisai la barmaid qui me sourit gentiment en me tendant une coupelle pleine de petites pastilles de toutes les couleurs. Elle était vraiment trop bonne, la barmaid, et j’aurais bien passé un petit quart d’heure avec elle, histoire de rigoler un peu. Elle était tout ce qu’un néandertalien comme moi pouvait désirer. Elle avait tout ce qu’il faut, là où il faut. J’en pris une pleine poignée, des petites pastilles, mais j’étais déçu, ces amuse-gueules n’étaient pas assez salés.

Pour se redonner le moral, les potes se mirent à réciter le chapelet de leurs blagues les plus distinguées. C’était gratiné. Gérard entama les hostilités avec un classique du genre :

- Eh, les gars, vous savez pourquoi nous, les hommes, on éjacule par saccades ?

- Parce que les femmes avalent par gorgées ! répondit Didier du tac au tac.

Ça ne faisait que commencer et ça pouvait durer toute la nuit. Ça fusait de partout, et plus c’était lourd, plus on aimait ça.

- Eh, Roland, me lança René, tu sais quels sont les premiers symptômes du Sida ?

- Facile, René, facile. Un souffle chaud dans le cou et une vive douleur anale.

- Ah, ah, bien répondu, mon Roland ! Et tu sais pourquoi quand tu baises, tu finis toujours avec la femme en dessous de toi ?

- C’est purement physique, mon René – burp ! –, t’as déjà essayé de remplir une gourde à l’envers ?

- Ah, ah, t’as vraiment réponse à tout, mon Roland !

- A moi, à moi, maintenant, fit Didier. Est-ce que vous savez pourquoi les voitures africaines n’ont pas d’airbag ?

- Mais parce qu’elles en ont pas besoin, pardi ! s’écria Gérard. Ça coûte bien moins cher de mettre une bande velcro sur les appuie-têtes et c’est tout aussi efficace !

Éclatement de rire général. Ah, ce que ça fait du bien d’être un gros beauf, vraiment... On s’amusait tellement que j’en avais presque oublié la barmaid. Elle me dévorait des yeux tout en promenant sa langue le long de ses lèvres pulpeuses. Hou là, là, mon vieux, t’es sur un coup et t’as intérêt à assurer sinon tu vas t’en vouloir pour le reste de ta misérable existence. Fallait que j’engage la conversation mais je savais pas quoi dire. Vite, Roland, improvise, dit n’importe quoi mais ne reste pas comme ça, bouche bée à baver sur le comptoir.

- Bonsoir, vous habitez chez vos parents ?

Oh là, là, Roland ! N’importe quoi mais pas ça, quand même. T’as encore perdu une belle occasion de te taire.

- Nan, gros bêta, j’ai un appart’ à moi, me dit-elle en souriant. J’m’appelle Julie, et toi, c’est comment ton p’tit nom ?

- Euh, Roland, m’dame.

- Roland ? Mais c’est mignon comme tout. Et tu fais quoi dans la vie, Roland ?

- J’suis inspecteur de police, m’dame.

- Hum, t’es flic, susurra-t-elle en languissant, j’aime ça, les flics. Surtout les vrais, les durs, les tatoués. Tu es tatoué, Roland-chéri ?

Tatoué ? Mais elle me prenait pour un chien ou quoi ? Bon, c’était pas grave, passons... Le plus important, c’est qu’elle était chaude comme la braise. D’accord, elle avait pas l’air bien dégourdie – elle avait pas inventé l’eau en poudre ou la machine à couder les bananes – mais j’en avais absolument rien à battre. Elle était vraiment trop bonne et elle m’avait mis la fièvre. Je sentais comme une barre entre mes jambes et c’était pas ma matraque – j’en avais pas d’ailleurs, de matraque. Et puis Roland, mignon ? C’était bien la première fois qu’une fille me disait que mon prénom était mignon. Vraiment, tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elle m’avait à la bonne. Eh oui, encore une qui n’avait pas pu résister au charme irrésistible de Roland Roland, le plus fin limier de la ville. Mais trêve de bavardages, il fallait que j’y retourne et que j’assure. Allez, Roland, mens un peu et raconte-lui tes exploits :

- Mais bien sûr, que je suis tatoué. Je suis un homme, un vrai. La preuve, c’est que c’est moi qui ai arrêté le fameux « monte-en-l’air de la décennie ». Ça m’a même valu une médaille. Tu veux que je te la montre ?

Elle semblait littéralement dégouliner de plaisir. Elle m’appela son héros et me dit qu’elle allait danser pour moi. Elle mit un peu de musique – c’était un morceau du grand Barry White, l’ami idéal des soirées intimes – et monta sur le zinc pour me faire un strip-tease perso. Allez, vas-y, Barry, chante ! Ouh, come on, baby, let’s groove ! Allez, vas-y, bébé, enlève-moi tout ça ! Je veux te voir telle que tu es venue au monde. Je ne veux pas voir de vêtements sur ton corps. Vas-y, bébé, enlève-moi tout ça ! Enlève ton soutien-gorge et ta culotte et fais-moi rêver, bébé ! Fais-le rien que pour moi ! Vas-y, bébé, enlève-moi tout ça ! Oui, tu le sais, bébé, on est seul au monde. Il n’y a que toi et moi et on n’a besoin de rien de plus pour s’aimer. Allez, vas-y, bébé, enlève-moi tout ça ! On a toute la nuit pour s’aimer et je vais te faire reluire comme jamais. On est seul au monde alors vas-y, bébé, enlève-moi tout ça ! Merci, Barry.

C’est après que tout a commencé à s’embrouiller. Et sérieusement. Je me rappelle qu’elle m’a emmené faire un tour dans l’arrière-boutique mais pour le reste, je suis plus bien sûr de tout ce qui s’est passé. Tout ce que je peux garantir, c’est que c’était délicieux et que ça rentrait comme papa dans maman. En y réfléchissant, je crois bien que les petites pastilles qu’elle m’avait données un peu plus tôt n’avaient pas grand chose à voir avec des cacahuètes.

La première chose dont je me souvienne, c’est ce qui m’a réveillé : un magistral bourre-pif qui m’a fait saigner le nez. Et copieusement. Quand j’ai réalisé qui me l’avait donné, j’ai bien cru que j’hallucinais encore. C’était Raymond Bot, le commissaire, mon supérieur hiérarchique, et il avait l’air encore plus fâché qu’à l’habitude, ce sale résidu de capote trouée. C’est pas permis, ce gars-là, il est tellement con qu’il a dû être fini à la pisse. Mais pour être honnête, il avait pas tort car je m’étais gravement trompé de trou, cette fois. Julie, c’était sa femme – enfin, sa deuxième femme –, et il avait pas vraiment l’air d’apprécier ce qu’on venait de faire. Elle, elle bronchait pas. Ça avait pas l’air de l’alarmer plus que ça. Elle devait avoir l’habitude et elle restait allongée sur son sofa, à moitié nue tout en sirotant un Martini.

J’ai bien cru que j’étais bon pour faire la circulation jusqu’à la fin de mes jours, mais au bout du compte, vu que sa femme n’était rien qu’une grosse roulure qui refilait des acides gratis aux clients pour mieux se les enfiler, j’avais suffisamment de moyens pour réussir à étouffer l’affaire. J’en étais quitte pour une bonne frayeur.

Le lendemain, je revis les potes du poste et leur demandai s’ils avaient résolu l’énigme de la limonade éventée.  Ils se regardèrent d’un air perplexe :

- Ben voilà, Roland, me dit Gérard, on s’est bien renseigné et il paraîtrait qu’il n’y a pas plus de limonade au Macumba que de fille de plus de quinze ans encore vierge. Je crois qu’on s’est encore fait foutre de notre gueule. C’était rien qu’un coup de pub pour ameuter les clients. Et le pire dans tout ça, c’est que ça a marché. Mais c’est pas si grave, on s’est quand même bien marré... Et ton nez, ça va ?

- Ouais, ouais, ça peut aller.

On s’était fait rouler comme des bleus mais dans le fond, je m’en foutais pas mal car après tout, je m’étais dégorgé le poireau et j’avais éclaté une petite fourrure. Et pas avec n’importe qui. Non, non, c’était avec Super Julie, la barmaid la plus nymphomane de cette moitié de la galaxie et ça, ça paye !

RolandRoland - Le blog de RolandRoland



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Vos Commentaires

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Comment Roland Roland <rolandroland@voila.fr>
22/12/2006 à 22:39
Quel talent, ce Roland Roland !
Comment Chloé <chloe@conseilsexe.com>
26/12/2006 à 00:39

Bourré... de talent, RolandRoland
Un Joyeux Noël à mon flic préféré...
Comment Roland Roland <rolandroland@voila.fr>
26/12/2006 à 18:46
Tu sais que j'attends toujours une photo de toi nue, ma chère Chloé...



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