4h07. Insomniaque, d'humeur irritable, je ne suis pas à prendre avec des pincettes. Une altercation hier avec un jeune partenaire financier arriviste aux tendances mysogynes. Fichu cycle hormonal ! Ce larbin a bien choisi son moment ! Un vilain besoin d'évacuer cette énergie néfaste s'est réveillé en même temps que moi et la douce Eva de la veille s'est transformée en Maîtresse hystérique. Une fois de plus... La pleine lune encore...
Il faut que j'assouvisse mon besoin vital de chair fraîche ; les tourbillons de vices obscurs et cruels qui bouillonnent en moi gonflent ma poitrine brûlante et la lave doit quitter le volcan. Mes muscles se raidissent, mon port de tête se rehausse et mes mouvements deviennent secs.
4h13. Assise dans mon fauteuil Louis VX, nue sous un long peignoir de soie blanche entrouvert, j'allume une cigarette et aspire profondément la première bouchée ; mes seins se soulèvent, gonflant un peu plus encore et mes cuisses s'entrecroisent : je suis tigresse ce matin, j'ai besoin de Pouvoir mais aussi de respect ! Je saisis mon portable...
- ...Allo ?
- Nathan ?
- ...Déesse !?! Quelle surprise... Je suis très heureux de vous entendre... Que puis-je pour Vous à cette heure, sublîme Maîtresse ?
- Lève-toi et prends une douche. Je t'attends à 5 heures en bas de chez toi. Je serai sur la banquette arrière de ma voiture et tu viendras t'installer au volant. Sous ton pardessus, tu porteras un pantalon noir, chaussures noires, torse nu. A tout cou, le collier de cuir que je t'ai offert ; tu y attacheras la chaîne, tenant la laisse dans ta main droite.
- A vos ordres, Déesse, j'y serai si tel est votre désir.
Je raccroche brusquement et ouvre l'immense placard droit de mon dressing-room. Quelle tenue de Maîtresse choisir ? Je laisse choir mon peignoir le long de mes jambes et tout en continuant de fumer ma Dunhill, observe dans le miroir quelle toilette s'accordera le mieux avec mes vices de la nuit. Longue cape de cuir noir de rigueur. Par dessous, des cuissardes de cuir noir. La robe : latex rouge, longue, divinement fendue, fines bretelles, au décolleté plongeant et vertigineux cachant juste ce qu'il faut de mes seins généreux, mon dos dévoilé jusqu'au creux de des reins. J'applique avec soin eyeliner, mascara noir et rouge à lèvres rouge vif, coiffe le carré lisse de ma perruque noire et saisis mes gants de cuir noir ainsi que les clés de ma BM.
Pavés sombres trempés par la pluie qui vient juste de cesser, volutes de fumée s'échappant des caniveaux, brouillard s'inflitrant lentement dans les rues devenues glauques sous la pleine lune et l'éclairage oscillant des révèrbères, Paris dort mais la nuit est aux cauchemars...
Il est là, à l'heure, comme toujours.
Il ferme délicatement la porte-cochère et j'aperçois son beau visage légèrement crispé. Il regarde à gauche, a droite, remonte le col de son pardessus en frissonnant, traverse et s'installe en silence, sans se retourner, au volant de ma voiture. J'observe son regard vert dans le rétroviseur, à travers la fumée qui émane de mon porte-cigarettes et expire un fin nuage dans sa direction.
- Bonsoir, Déesse...
- Bonsoir Nathan, Bois de Boulogne.
- Je vous y emmène de suite belle et divine Maîtresse.
Sa docilité, son dévouement et sa ponctualité apaisent déjà la colère qui est en moi, cette colère envers ces fanatiques égocentriques à peine sortis des jupes de leur mère qui osent affirmer être les piliers de la race supérieure parce qu'il ont une queue et une paire de couilles entre les jambes. Encore faut-il que leur attirail leur serve à quelque chose...
Nathan ne fait pas partie de cette caste-là. Les femmes, il les respecte, les admire et les aime. Il est prêt à tout pour les satisfaire et après quelques séances de Domination ensemble, a décidé de ne plus se dévouer qu'à moi.
La voiture s'enfonce dans le sentier désert et s'arrête. Nathan ouvre ma portière, me tend la main pour m'aider à descendre. Il ôte son pardessus, se met à quatre pattes et me tend sa laisse. Notre balade commence à travers l'épais brouillard qui enveloppe la forêt.
- Tu es un bon soumis, Nathan, mon plus fidèle animal de compagnie ; ton obéissance et ta gratitude méritent bien une petite promenade ; marchons un peu, histoire de nous imprégner du coma de la nuit.
- Merci Déesse, vous êtes tellement bonne avec moi ; je ne puis que me dévouer à vous.
En silence, il "marche" en appui sur les mains et les genoux sur ce sentier de terre humide, retenu par la laisse dont je suis le Guide et la Maîtresse. A aucun moment il ne tire ou s'arrête. C'est un bon chien bien éduqué malgré son jeune âge. Je n'ai eu aucun mal à le dompter.
Allongée sur un banc, je m'imprègne des frissons de la nuit, la laisse de mon soumis agenouillé à mes côtés dans ma main droite. J'inspire profondément pour chasser les tensions de mon abdomen aux extrémités de mes pieds et j'expire pour diriger mes pensées obscènes vers mon sexe hystérique. Pendant ma méditation, Nathan se reccueille, attendant impatiemment mon ordre qu'il devine déjà.
- Vas-y, mon fidèle Nathan, lèche ta Maîtresse maintenant, en commençant par Ses pieds.
Le tenant toujours en laisse, j'écarte légèrement les jambes pour lui permettre par la suite de s'inscruster entre mes cuisses, la fente de ma robe lui laissant apercevoir mon sexe nu qui attend ses soins, et mon fidèle soumis entame l'itinéraire de ses baisers en commençant par laper la pointe de mes cuissardes. J'observe sa douce langue parcourir lentement mes mollets, mes genoux, mes cuisses je suis excitée par la manière habile, délicate et expérimentée dont il se délecte de pouvoir assouvir mes désirs.
Sa bouche va bientôt atteindre ma chair qui frissonne du désir de la chaleur et de la douceur de sa bouche humide. Il est entre mes cuisses et relève la tête pour attendre un nouvel ordre.
- Lentement, ta salive imbibera ma peau pour venir honorer mon sexe puissant de ta bouche.
Mon âme tourmentée et mon corps en ébullition se régénèrent du moindre de ses actes si savamment calculé pour parvenir à satisfaire mes désirs. Sa bouche s'applique avec une infime dextérité à apaiser mon sexe de ses tourments hystériques. Il en prend soin comme d'un bijou précieux, d'un objet rare, d'une relique sacrée à laquelle on doit la dévotion et le respect.
Peu à peu, les ondes de plaisir qui m'envahissent chassent les démons qui hantent mon corps et mon âme. L'orgasme est le seul recours à l'apaisement des forces du mal pour renforcer les forces du bien qui sont en moi et c'est grâce à lui, ce jeune homme soumis et dévoué, que j'y parviens. Que de contradictions... Je suis sa Maîtresse et il m'est nécessaire... Néanmoins, sa soumission n'est pas une contrainte mais un besoin, un cadeau que je lui offre et dont il n'a de cesse de me remercier...
Il me ramène à la maison, gare la voiture, m'aide à en sortir et m'accompagne sous le porche : il me baise la main et nos chemins se séparent ici.
Le jour va bientôt se lever. J'ai besoin de dormir un peu avant d'affronter sereinement la réunion prévue en fin d'après-midi : je suis une femme de pouvoir et je compte bien le crier haut et fort.