Gérard était en voyage d’affaires et pour la énième fois, je me retrouvais seule à la maison pour une semaine.
Son statut de cadre dans une grosse société lui avait apporté gloire et fortune et je ne disposais à mon gré que de sa fortune, à mon plus grand regret…
A 34 ans, mes journées étaient comblées de parties de golf, tennis et séances de fitness, de shopping dans des boutiques on ne peut plus chic, de séances chez l’esthéticienne, chez le coiffeur, chez la manucure et bien sûr chez mon psy à qui je confiais mon ennui quotidien et la pauvreté de ma vie sexuelle due aux fréquents voyages de Gérard (que ne pouvais pas accompagner systématiquement), à ses longues journées de travail, et aux heures interminables passées devant son portable que ce soit dans le bureau de notre somptueuse villa, dans la salle de bain, au bord de la piscine ou même à table, ne regardant même pas les mets les plus fins que j’avais concocté de longues heures durant, espérant un regard, un sourire, un mot peut-être…
Mes amies (ou plutôt les épouses des amis de Gérard) m’avaient bien proposé une sortie ou l’autre, que ce soit une escapade à Nice, le tout dernier restaurant parisien fréquenté par la jet set ou une soirée à l’opéra mais rien ne me tentait, ni les événements, ni les gens qui m’y invitaient ; ils me saoulaient.
Je décidais donc de m’installer devant le pc (que je n’utilisais que de temps en temps, pour avoir des nouvelles de ma mère, installée en Grèce depuis son dernier mariage avec un richissime octogénaire) en quête de nouveaux rêves, mais dans le fond, je ne valais pas mieux qu’elle. J’étais riche, mais seule et même quand Gérard était à la maison, je n’existais pas, je faisais partie du décor, il m’avait achetée pour meubler sa villa de luxe.
C’est comme cela que j’ai atterri sur un site avec une salle de discussion… ils appellent ça une « tchat room » et c’est tout naturellement que je me suis laissée prendre au jeu.
Je fus choquée par les égards d’un visiteur du site qui me demanda quelle était la « taille de mes nichons » et si « je suçais »… Sucer, sucer quoi ? Bien sûr, je savais ce que « sucer » veut dire (ça veut dire faire une fellation) mais uniquement en théorie car je n’avais jamais pratiqué la fellation. Gérard a été le premier corps étranger qui s’est introduit en moi et jamais il ne m’a demandé de lui faire une fellation. Il faut dire que l’idée ne me tentait certainement pas ; mettre en bouche ce muscle (et encore, je suis gentille, Gérard devrait se remettre au fitness !!!) horrible et poilu doté de deux vieilles balles de golf abandonnées dehors pendant des années. Quelle horreur !!!
Bref, je remis très vite à place ce premier intrus qui avait humilié la personne respectable et respectée que je suis en lui affirmant que nous n’étions pas du même monde et que nous n’avions plus rien à nous dire.
Il y eu bien sûr quelques autres grossiers personnages du genre mais je n’arrivais pourtant pas à décoller mon regard de l’écran ni mes doigts du clavier.
En effet, j’avais été interpellée par le pseudonyme de « Prince_du_Desert »et cette image que je me faisais de lui, par rapport aux grossiers « bomec », « grosbit » et « casanova », me donnait grande envie de faire sa connaissance.
Je pris donc mon courage à deux mains en commençant avec lui une longue conversation qui dura des heures. Nous parlâmes d’énormément de choses, nous abordâmes divers sujets, tous les uns plus attrayants que les autres, et ses phrases que je voyais s’étaler sur l’écran de mon ordinateur éveillaient en moi une lumière depuis longtemps éteinte, celle de l’envie. L’envie d’apprendre, de découvrir des choses nouvelles, autres que les nouvelles collections des grands couturiers, et de discuter avec des personnes différentes de celles qui gravitaient autour de moi.
Je sentais en moi monter une étrange chaleur au fil de nos discussions, longs échanges de phrases parfaites et ondulantes telles un poème. Je n’avais cesse de sourire à ces compliments et cette cour qu’il me faisait. Tout y était beau, romantique, attrayant, j’avais l’impression de flotter tellement je me sentais bien.
Il ne me voyait pas, je ne le voyais pas et nous nous imaginions comme dans un rêve, parfaits. Il était également marié mais nous ne faisions rien de mal… rien d’autre que s’échanger des mots qu’il nous était à chacun agréable de lire, des mots qui nous rendaient le sourire, perdu depuis si longtemps et qui, surtout, réchauffaient nos corps froids d’avoir été si longtemps inexplorés et caressés. Comment aurions pu offenser nos conjoints respectifs alors que mon prince et moi étions à 350 km l’un de l’autre et que nous ne connaissions ni nos visages, ni nos voix.
Il était mon prince et j’étais sa tendre mie mais notre relation n’était que virtuelle et cérébrale car nous évoquions nos sentiments, la douceur de l’un envers l’autre, les caresses et les doux et furtifs baisers sortis tout droit de notre imagination, de nos rêves secrets, de nos fantasmes, sans doute. Il commençait une histoire dont nous étions les héros, que je poursuivais et dans laquelle il intervenait. Nous imaginions notre première rencontre en des terres lointaines, à l’abri de tous, tous ces gens qui nous entourent, qui ne voient qu’eux et qui ne nous regardent même plus.
Nos petites histoires virtuelles durèrent 5 jours et nous y passions la plupart de la nuit. Tard le matin, nous nous réveillions les cheveux en bataille et le visage défait mais les yeux remplis de merveilles et la tête pleine de nouveaux projets que nous échangions lors de nos retrouvailles. Les nuits blanches… je n’en n’avais jamais connue aucune avec Gérard, sauf quand je les passais à l’attendre…
Gérard rentrait le lendemain et il ne restait donc qu’une nuit pour notre dernière rencontre et la mélancolie m’envahissait parce que c’était la dernière. Cette relation me plaisait, le fait qu’il s’intéresse à moi et la façon dont il s’intéressait à moi me flattait car je pouvais m’exprimer avec lui sans aucune retenue sans pour cela tomber dans la vulgarité et la banalité bien sûr.
Je décidais donc pour ce soir là, de devenir celle que je souhaitais être depuis ces 5 jours, celle qui correspondrait aux attentes de mon prince, une femme riche, belle, libérée d’autant d’années de rigueur et de froideur. La femme froide et distante que Gérard n’avait jamais pris la peine en 14 ans de liens maritaux d’apprivoiser, de séduire de bouleverser n’avait plus qu’une attente, se laisser aller virtuellement dans les bras de cet homme charmant et au pseudonyme exotique qui avait réussi à la charmer par tant de doux égards et à éveiller en elle des sensations jusqu’alors inconnues.
Je pris rendez-vous chez le coiffeur tôt le matin car il y avait du pain sur la planche. J’avais décidé de changer de coiffure et de couleur de cheveux. Fini le chignon strict châtain et place aux cheveux longs bouclés naturels à la teinte d’un blond doré méché de chocolat. Le résultat était surprenant et je ne me reconnaissais plus. J’avais l’impression d’être une autre, d’avoir rajeuni.
Puis ce fut au tour des boutiques de lingerie mais pas celles que je fréquentais habituellement. C’était beaucoup trop blanc, beaucoup trop strict, beaucoup trop sport, et… pas assez… séduisante à mon goût. Mon choix se porta donc sur le boutique dans laquelle je n’étais jamais entrée ; où personne ne me connaissait et qui proposait de la lingerie très chic et… très sexy. J’optais donc, en suivant les conseils de la responsable, pour une guépière noire brodée de fil d’or avec porte-jarretelles , bas et string assortis. Mon prince m’avait avoué son goût pour les jolies fesses valorisées par ce genre de slip qu’il ne me serait jamais venu à l’idée de porter auparavant mais rien que l’essayage de ce petit morceau de tissu créait en moi de voluptueuses envies qu’il me tardait de satisfaire ; dans la cabine d’essayage, j’admirais mon corps parfaitement modelé par le sport que cette lingerie me donnait envie de caresser. C’était mon corps et je ne l’avais jamais vu sous ce jour-là ; je me trouvais belle et séduisante et je m’étonnais de la douceur de ma peau en la parcourant de mes mains tremblantes. Je remarquais que je ne connaissais pas grand chose de ce corps qui était le mien et du plaisir qu’un morceau de tissu pouvait lui donner. Plus mes mains frôlaient cette nuque, ces seins, ces fesses et ce mont de Vénus qui étaient miens, et plus le désir de l’explorer me prenait.
Que m’arrivait-il ? Qui étais-je réellement ? Je commençais à le découvrir et qu’allait-il se passer, ce soir, devant mon ordinateur ? Ce soir serait une grande première après 5 jours de mots et de phrases car nous avions décidé de nous voir. Pas un véritable rendez-vous, une rencontre physique, non, je n’étais pas prête à oser pareille chose, mais une rencontre virtuelle, chacun derrière notre pc, via une webcam…
A SUIVRE…