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Le jeune Roland s’envoie en l’air (ou tout du moins essaye)



La semaine a été difficile. J’ai beau avoir réussi à échapper aux représailles du commissaire, j’arrive pas à me sortir de la tête la belle Julie et ça, ça me donne le blues. Quand c’est comme ça, je connais qu’un seul remède valable : me caler au fond d’un vieux fauteuil en cuir en compagnie d’une bonne vieille bouteille de whisky.

En y repensant, c’est pas la première fois que je me mets dans tous mes états pour une minette. Ça m’était déjà arrivé quand j’avais 14 ans. C’était à la fin de la cinquième. J’étais déjà pas en avance dans mes études et comme mes notes en anglais étaient catastrophiques, mes parents avaient décidé de m’envoyer en Angleterre pour un voyage linguistique de trois semaines.

À l’époque, je venais de me faire virer de mon petit boulot au noir chez McDo pour avoir été surpris en train d’éjaculer dans les containers de mayonnaise. C’était pas vraiment ma faute, j’étais constamment soumis à des décharges hormonales et fallait bien que je soulage ma fougue de temps à autre. Mais pourquoi dans la mayonnaise me demanderez-vous ? Parce qu’on est plutôt con quand on a cet âge. Rassurez-vous, ça s’arrange pas en grandissant.

Enfin, trois semaines pour améliorer mon anglais, c’était surtout trois semaines de liberté sans mes vieux. Le pied ! J’allais enfin pouvoir jouer librement avec ma braguette. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans un avion d’Air France, assis à côté d’une ravissante jeune femme, blonde et pulpeuse, de plusieurs années mon aînée. Je tiens à remercier le personnel naviguant et le personnel au sol de cette vénérable entreprise qui avaient exceptionnellement omis de faire grève ce jour-là, me permettant de rencontrer Mlle Dorsa.

Le confort étant ce qu’il est dans ce genre d’engin, on était, Elsa et moi, quasiment collé l’un contre l’autre. C’était un signe du destin : je devais engager la conversation. Je lui demandai comment elle s’appelait et ce qu’elle faisait dans la vie. Bizarrement, elle me répondit gentiment, à moi, un simple adolescent acnéique et boutonneux – ce qui revient à peu près à la même chose. J’appris qu’elle était étudiante en histoire de l’art. « Et à part ça, tu travailles ? » a été la seule chose que j’ai trouvé à lui répondre. Plutôt maladroit mais elle a souri. J’avais sans doute une chance de la séduire par l’humour et comptais pas la laisser s’échapper.

Rapidement, la conversation s’est orientée vers nos goûts musicaux. Elle m’avoua être fan des Rolling Stones. Les Rolling Stones ? Connais pas. J’ai pas fait d’études d’archéologie, moi. La belle m’expliqua qui ils étaient.

- Ah ! Ces Rolling Stones-là lui dis-je, mais ils ont rien produit de bon depuis que leur leader charismatique, John Lennon, a disparu.

Elle éclata de rire et je crois avoir enfin compris pourquoi aujourd’hui. J’avais dû me tromper de Rolling Stones.

L’ambiance était enjouée, je la faisais rire et elle aimait ça. Je décidai alors d’embrayer sur mes meilleurs blagues, celles qu’on racontait à longueur de journée avec mes potes, les lascars de la cité H.L.M. La belle avait des points d’interrogation dans les yeux : elle ne savait pas ce qu’était un lascar. Je me devais d’éclairer sa lanterne :

- Un lascar, vois-tu (aie l’air sûr de toi, ça l’impressionnera), c’est un jeune des banlieues plus ou moins au chômage, qui traîne dans sa cité à longueur de journée, dans son éternel jogging Adidas, ses baskets Nike, sa casquette Reebok et son blouson Schott, qui vend du shit pour payer l’essence de sa B.M.W. volée, dont les parents reçoivent tous les mois le R.M.I. et les allocations familiales, qui bouscule les mémés qu’il rencontre, qui écoute du rap et qui niquerait ta mère s’il en avait l’occasion, qui baragouine le français avec un tel accent qu’on a l’impression qu’il éructe entre chaque mot, qui élève des pit-bulls dans la cage d’escalier de sa cité H.L.M. dont ses parents n’ont jamais payé le loyer... Enfin bref, le portrait-robot du gendre idéal.

Elle n’arrêtait plus de rire. Elle devait sûrement voter pour quelque parti de l’extrême mais elle semblait conquise et c’est tout ce qui compte quand on a 14 ans. J’enchaînais donc en lui racontant quelques perles, du style :

- Tu connais le comble de la confiance en soi ?

- Non, je n’en ai pas la moindre idée.

- Sans blague, tu sais pas ? Mais c’est de péter quand on a la chiasse, bien sûr ! C’est pas la vérité, ça ? J’te jure, c’est parole d’évangile ! Attends, attends ! J’en ai encore plein d’autres... Par exemple, tu sais comment on reconnaît un belge dans une partouze ?

- Non, je ne vois pas. Mais quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à connaître la réponse, n’est-ce pas ?

- Tu parles, bébé ! Pour sûr que je vais te la donner, la réponse. Je vois bien que tu en meures d’envie. Enfin, c’est très facile de reconnaître un belge dans une partouze, c’est le seul qui baise avec sa femme ! Je comprends pas comment tu fais pour pas savoir ça.

- C’est très simple, il ne devait pas y en avoir à celles auxquelles j’ai participé.

 Elle était merveilleuse, on s’entendait comme larrons en foire. C’est quand je lui demandai si elle connaissait le comble de la gourmandise que tout s’est mis à dérailler. On traversait une terrible zone de turbulences et on croyait bien qu’on allait en finir avec la vie un peu plus tôt que prévu. Elsa était vraiment très nerveuse et je dois avouer que j’en menais pas large non plus. J’essayais tant bien que mal de la rassurer et elle devait être reconnaissante de l’attention que je lui portais car, lorsque convaincu qu’on allait y passer mais ne perdant pas le nord, je lui proposai de l’embrasser sur la bouche afin de quitter ce bas monde dans un dernier élan de chaleur humaine, aussi étrangement que cela puisse paraître, elle accepta. Eh oui, mes enfants, elle accepta ! Et elle me gratifia de la plus délectable langue-fourrée de ma jeune existence. Que Dieu et les turbulences soient loués !

 Curieusement, on était pas encore morts. L’avion était toujours balancé de gauche à droite et de haut en bas, mais on était toujours vivants. Cependant, on avait pas vu les hôtesses depuis un bon moment et ça laissait rien présager de bon. Elles avaient dû sauter en parachute.

Elsa était complètement désespérée. Moi, j’avais plus rien à perdre. Je repartis donc bille en tête à la conquête de ma charmante voisine. Si mes souvenirs sont exacts, je dus lui tenir à peu près ce langage : « Considérant le fait que nous sommes certains d’être morts d’ici dix minutes mais que nous avons encore la chance d’être en vie pendant quelques instants, que dirais-tu si nous nous rendions aux toilettes, pendant le temps qui nous est encore imparti, afin de profiter une dernière fois de nos corps et ainsi de conclure un dernier coup avant le grand plongeon ? » La grande question était de savoir si elle allait avoir la gentillesse de me laisser profiter de son corps sublime.

Décidément, cette fille n’arrêtait pas de m’étonner. Encore une fois, elle accepta et me remercia même d’avoir osé lui demander, son rêve le plus cher étant de mourir en faisant l’amour et elle n’avait pas eu l’audace de me le demander. Vous pensez bien qu’il a pas fallu me le dire deux fois. Je me levai aussitôt et l’emmenai dans les toilettes exiguës de cet avion qui nous conduisait vers une extase certaine. Tirer un dernier coup avant le grand plongeon ? Tu rigoles ! Pour moi, ça allait surtout être un premier coup. J’étais surexcité. On pouvait plus me tenir et je me sentais plus péter. De plus, j’allais enfin savoir pourquoi la plupart des blondes ont des racines noires. La seule chose qui m’ennuyait était de ne jamais avoir l’occasion de me faire mousser auprès des copains en leur apportant la réponse. Bah, tant pis pour les autres : moi d’abord et Dieu pour tous !

Elsa m’annonça que c’était pas sa bonne semaine. Je lui répondis que c’était pas grave car comme le dit ce vieux proverbe chinois : « Quand la rivière coule rouge, le sage emprunte le chemin boueux. » Je parvins à égayer son visage d’un sourire furtif. Dans le fond, Elsa était une grosse cochonne. J’allais pas m’en plaindre, j’en avais toujours rêvé. Elle s’accroupit devant moi et dézippa ma braguette. C’était le grand moment, l’instant de vérité. L’avion tremblait comme une feuille morte dans une bourrasque de vent et c’était sûrement pas le moment de paniquer. Fallait que j’assure à mort, surtout si je voulais pas mourir idiot. J’avais qu’à bander comme un cerf et j’allais être l’acteur principal d’un formidable déniaisage à 5000 pieds. Elle était grande ouverte comme les portes du Paradis et j’allais lui faire le petit trou. Mais l’impensable se produisit. Impossible de bander, mon petit asticot restait aussi mou et flasque qu’une nouille froide. Nib, peau de balle, j’avais craqué sous la pression.

Finalement, la gourgandine s’impatienta et rejoignit sa place. Juste à ce moment, l’avion redevint stable et le commandant de bord annonça au micro que tout danger était écarté, on était sauvés. Vidé de toute pression, mon petit trilili se dressa tout droit comme le grand mât d’un catamaran. J’entrouvris la porte des toilettes et fis discrètement signe à Elsa de venir me rejoindre. Je refermai la porte, l’attendant impatiemment. J’allais la mettre à l’amende, j’allais lui faire la totale. Elle en serait quitte pour des kilomètres de bite et des cascades de sperme. Elle allait se pendre au lustre, j’allais grimper aux rideaux. C’est de la balle, attention les yeux !

Eh oui, attention les yeux. Ça devait arriver avec des toilettes aussi petites. Quand elle ouvrit la porte, je me la pris en pleine poire : un coquard au milieu des pustules, c’était du joli. Elsa avait retrouvé toutes ses couleurs et sa raison par la même occasion. Elle était soulagée, nous étions sauvés. Je lui proposai de tirer un coup pour fêter ça, mais elle refusa. Cependant, elle était pas rancunière, on avait bien déliré tous les deux. Elle m’embrassa sur la joue, me dit que j’étais mignon pour un gamin de mon âge et retourna s’asseoir, me laissant seul, nu comme un ver, avec une crampe du tonnerre. J’allais pas gâcher ça, fallait que j’en profite. Alors, à défaut de mieux, je dus me contenter de la veuve poignet pour me dégorger le poireau.

J’ai jamais revu Elsa et ça vaut mieux pour elle vu qu’elle s’était quand même pas mal foutue de ma gueule dans le fond. Mon séjour en Angleterre ? Une catastrophe. J’ai pas pipé trois mots et rien emballé du tout pendant trois semaines à cause des boutons et du coquard. Je me suis fait foutre de ma pomme par des rosbifs et mes parents avaient payé pour ça. La belle affaire ! J’étais vraiment qu’un bon à rien. C’est peut-être pour ça que j’ai fini fonctionnaire. Et comme j’étais passionné par les armes et la castagne, je me suis tout naturellement tourné vers la police, ma nouvelle famille.

Bref, deux bouteilles de whisky et une sale histoire plus tard, j’ai toujours pas retrouvé le moral. Je viens de me rendre compte que je l’ai toujours dans la peau, Elsa Dorsa. Bah, vivement lundi que je tabasse un ou deux gris. Çà ! ça m’a toujours remis les idées en place.

RolandRoland

Pour mémoire, le comble de la gourmandise est de serrer les dents quand on vomit afin de retenir les gros morceaux (et de pouvoir les ravaler par la suite).


source :
http://rolandroland.site.voila.fr/



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