Le Bois de Boulogne by day
Paris, dimanche, 8h04.
Au volant de ma voiture, je quitte mon hôtel situé Porte de Maillot pour rejoindre le centre ville. Pour ce faire, je traverse le bien connu Bois de Boulogne, plus célèbre pour les prostituées qui y tapinent que pour la beauté et la complexité du site.
Froid, pluie, brouillard et grisaille, je m’engouffre dans la circulation un peu moins dense que la veille. Des centaines de parisiens, seuls, en couple, en famille, entre amis, surgissent des nombreux sentiers qui s’enfoncent dans le bois, de part et d’autre de la large route : marcheurs, joggers, cyclotouristes, pêcheurs ou cavaliers, le mauvais temps ne semble guère les perturber. L’heure est au sport et à la détente mais aussi à la culture. Aucune prostituée en vue mais un immense oasis de verdure et d’arbres majestueux commémorant l’ancienne forêt de Rouvray : chênes, cèdres, platanes, ginkos bilobas, séquoïas, pins et châtaigniers sur 850 hectares en pleine capitale.
Constitué du parc de la Bagatelle, du Pré-Catalan et du Jardin d’Acclimation, agrémenté de lacs et de cascades, sans oubliet l’hippodrome de Longchamp non loin, ce monumental cadre de verdure très bucolique était autrefois le terrain de chasse des rois de France.
Le Mister Hyde que j’ai traversé quelques heures auparavant, aux alentours de minuit s’est transformé ce matin en convivial Docteur Jekill.
Bois de Boulogne by night
Paris, samedi, 23H59.
Je rentre d’un cocktail dans le IIIème arrondissement. Certains décident de terminer la soirée dans un bar à striptease réputé ; je suis fatiguée et je préfère traverser le Bois de Boulogne pour rentrer à l’hôtel ; j’ai hâte d’être sous la couette. J’ai relativement froid sous épais mon manteau qui cache une légère robe de cocktail ; il n’est pas assez long que pour recouvrir mes jambes simplement vêtues de talons aiguilles et de bas de soie. Heureusement, je suis en voiture. Il est tard mais la circulation est très dense. La moitié supérieure de la Tour Eiffel est engloutie dans le brouillard.
Dans la pâle lueur des phares, je pénètre cette sombre forêt à l’étrange commerce nocturne.
De vieilles camionnettes bariolées aux rideaux défraîchis stationnent de part et d’autre de la route, éclairées par une petite lampiotte, certainement occupées par deux personnes pour quelques jeux cochons. Des hommes au physique et aux vêtements anonymes tournent le dos à la route dans la pénombre. Un autre corps serait-il accroupi face à eux, dans le noir, pour quelques caresses bucco-génitales ? Rapides fellations et éjaculations faciales sans doute… Je ne distingue encore dans le brouillard aucune femme en bas résilles, au vertigineux décolleté et outrageusement maquillée.
Une peu plus avancée dans le bois, ça y est, il y a du monde. Un premier groupe de prostituées dynamiques : une grande noire à faux cils et rouge à lèvres flashant, en mini jupe, top moulant et semelles compensées, sous un long manteau noir, dialogue d’une voix peu discrète que je perçois à travers la vitre, avec un mystérieux interlocuteur en riant vulgairement. Elle est relativement grande, ses épaules sont larges, le timbre de sa voix est plutôt grave : c’est un homme, je suppose, je n’ai pas eu le temps de voir les formes à moitié dissimulées sous son manteau. Ses copines sont plus petites mais je ne peux pas m’arrêter net, les véhicules devant moi avancent et celui qui me suit risque de jouer du klaxon en grommelant « encore une femme au volant !!! ». Ah, la circulation ralentit de nouveau et je longe un autre groupe : de pulpeuses et fermes paires de seins, des talons aiguilles, un maquillage élaboré pour affiner des traits masculins : encore des hommes(?) mais ceux-là ont des seins… Qu’y a-t-il sous leur mini-jupes ? Je me le demande mais je n’ai pas trop envie de sortir de la voiture pour aller y voir de plus près. Le climat est assez glauque et ne déambulent que d’autres hommes anonymement vêtus en train de faire leur choix à l’étalage. Chacun son truc ; je respecte leur choix, ils sont tous consentants. Un peu plus loin, un autre groupe encore, cette fois seins à l’air (il fait pourtant très froid et j’en frissonne à leur place). Apparemment, les clients se sont arrêtés plus tôt et « elles » n’hésitent pas à coller leurs grosses mamelles siliconées sur la vitre côté passager pour choper un client. Aucun doute possible, il s’agit là de tout un lot de transsexuels souriants et « commerçants ». Heureusement que les enfants sont restés à la maison ; ça les aurait profondément choqués, même moi j’en suis quelque peu mal à l’aise… Enfin, j’arrive à la sortie et je distingue au loin les multiples enseignes lumineuses de la civilisation urbaine. Une vingtaine de mètres avant le dernier arbre, sur la gauche :une femme seule au regard tristounet : c’est une jeune et jolie prostituée, une femme, une vraie, elle s’ennuie et elle n’a pas dû gagner son beurre cette nuit.
L’organisateur du séminaire, parisien pur et dur, me dira en riant le lendemain matin, après que je lui ai confié ma surprenante découverte : « si tu veux voir de la pute, de la vraie, ce n’est pas dans ce quartier là que tu en trouveras. Le Bois de Boulogne, c’est pour les mecs qui veulent se faire du trans et il y a du public pour ça.